Michèle quitte le bord.

Samedi 25 Aout


Adieu Maya ou n’est-ce qu’un au revoir ?
Quand même, lorsque je fais les paquets, seule, je prends conscience des changements qui vont se produire.
Vie sur terre,
Vie au froid,
Vie sans mer,
Vie sans Yvan
et je me mets brusquement à sangloter.

Michèle est attendue par sa sœur et le beau-frère à Dénia sur le continent. Nous quittons Santa Eulalia à 14 h
Toute la nuit, je surveille la navigation qui ne requière pas beaucoup d’attention – le pilote électrique se charge du cap.
Dans ma tête défile sans cesse une multitude de souvenirs – 25 ans de vie commune et peut-être le dernier jour ?
Je ne suis ni triste, ni amère, ni en colère.
Je suis, mektoub, fataliste comme un berbère.
Oh ! Certainement, quelque part, mes”protections” fonctionnent, m’empêchant de ressentir une quelconque souffrance.
Je crois aussi qu’au plus profond de moi je sais déjà que ce n’est pas fini. Pour l’instant rien d’irréversible n’existe. Il m’appartient de mettre le cap sur la France et de rejoindre mon petit monde, mais demain, plus tard ; aujourd’hui, c’est vital pour mon équilibre de continuer, même seul.

Maya fonce vers Formentera à plus de 6 nœuds depuis 3 heures. La mer est un peu agitée, mais les miles tombent.
Déjà plus de 8 jours que Michèle et Mathieu ont quitté le bord pour rentrer en France.
Je ne saurai dire si le temps a passé vite ou non tellement j’ai bossé dur.
Maya au sec à Altéa, c’était 12 heures par jour de grattage, de ponçage, d’enduit, de peintures ; Travail ingrat surtout au soleil de cette fin de mois d’août, mais le bateau est splendide.
Quel vide, quel sentiment d’échec, et en même temps l’impression d’avoir été impuissant face à une situation où je sentais que je n’avais pas de possibilité de choix ou plus exactement que les choix étaient faits depuis longtemps ;
Nous menions une vie commune en sursit.
Le bateau sans Michèle, ce n’est pas ce que je souhaitais, mais déjà je n’avais pas voulu l’écouter en décidant ce voyage, pas plus que je ne peux aujourd’hui me résoudre à revenir vivre à terre, sans but, sans perspectives professionnelles.
Ce départ est arrivé brusquement finalement ; pris par le charter, je n’ai pas eu le temps de me rendre compte que la date était arrivée…
Et puis ? Qu’aurions-nous pu dire de plus ?
Nous sommes tous les deux prisonniers d’un cadre de références accumulées depuis des années, fait d’amour, de folies, de bagarres, de tentatives maladroites pour faire admettre à l’autre ses points de vue, de discussions interminables au point que l’envie de communiquer s’est estompée.
Michèle a, je pense, trop rêvé de faire de moi ce modèle qu’elle idéalise et qui ressemble à l’image qu’elle se fait de l’homme, image qui me paraît être l’addition de tout ce qu’elle n’a pas trouvé chez moi, mais je crois, chez tous les hommes en général.
Pourquoi leurs en veut-elle tant ?
Le drame finalement, c’est que ça l’empêche en grande partie d’être une femme telle qu’un homme comme elle le souhaite, ait envie de prendre dans les bras et de lui dire je t’aime.
Je t’aime…
C’est curieux, lorsque Michèle a quitté le bateau provisoirement, à la mort de son père, c’était après une période dont nous gardions, tous deux, un bon souvenir. Il me semble qu’il en est de même cette fois-ci, du moins pour moi. Malgré la fatigue due à ce boulot de Charter, j’avais l’impression que nous faisions réellement quelque chose ensemble. Toute son énergie et sa détermination en mouvement, Michèle me poussait au lieu de rester à la traîne, à maugréer contre la vie que je lui imposais.
Que dire de plus ?

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