La Gomera

3 février.

Nous accueillons une amie de Michèle venue passer 3 semaines au soleil et décidons de profiter de cet intermède pour aller découvrir la Gomera. mais au préalable nous mettons le cap sur Los Gigantes car j’ai besoin de gazole et surtout de faire le plein d’eau, car rien n’existe à “Los Craignouse”.
Distant d’une trentaine de miles, ce site est impressionnant. Le port, artificiel, est construit au pied d’une falaise rocheuse certainement haute d’une centaine de mètres.
L’entrée du port se fait par une chicane obligeant à se placer en travers de la houle ; elle doit être difficile à franchir par mauvais temps d’ouest. Aujourd’hui la mer est calme et pourtant le ressac renvoyé par la falaise incite à être attentif.
Nous ne nous attardons pas plus que le temps nécessaire à charger 800 litres d’eau et 400 de gazole, ce qui nous laisse quelques jours de tranquillité sur ce plan.
Fort de mon expérience avec mes Belges, je décide d’aller au devant de l’alizé au lieu de faire route directe, de façon à laisser ensuite porter le plus possible et, de fait, nous déboulons sur la pointe Nord est de Gomera à la vitesse d’un TGV…

Nous virons la pointe abritant Puerto San Sébastian, mais continuons sur Santiago, petit port de pêche bien abrité que ne fréquente pas le ferry assurant une navette entre les 2 îles.
Deux miles plus loin le vent faiblit, tourne et chute complètement. Gomera et ses hautes montagnes nous protègent à nouveau. Nous terminons au moteur.
L’endroit me plaît.
Nous mouillons à l’abri d’une imposante jetée, ancre à l’avant, aussières à terre par l’arrière.
Je me sens en sécurité ici, car seuls des vents d’est sud-est pourraient lever un clapot désagréable ; ils ne sont pas fréquents. Nous avons eu l’occasion de le constater en vinant ici plusieurs fois. Peu de voiliers à y font escale ; tout au plus 6 à 7.
Il est vrai qu’à partir de février il n’y a plus guère dans les îles Canaries que les bateaux qui ont prévu d’y rester quelques mois ou de faire demi-tour.
En face de la jetée s’étend la petite ville de Santiago adossée à la montagne. C’est un endroit très fleuri, dont l’activité essentielle est la banane, mais les orangers ne manquent pas également.
La petite place principale est bien ombragée, un bar y a déployé tables et chaises. IL fait chaud, il fait calme, il n’y a presque pas de voitures, l’ambiance est celle d’un petit village de Provence, sans le chant des cigales. Parfait.
Tous les jours, nous partons explorer de nouveaux chemins de montagnes.
Nous avons découvert le lit d’un torrent déjà en partie asséché, mais ou subsistent dans la roche, des poches importantes d’eau, larges et profondes, ou il fait bon se glisser après avoir bien transpiré. C’est aussi l’occasion de faire une grande toilette en économisant l’eau de Maya.
Michèle et les enfants se plaisent ici n’ayant que la nuit à passer sur le bateau…
Jonathan puis Norwéna nous rejoignent et c’est une équipe nombreuse et joyeuse qui souhaite un bon anniversaire à Michèle.
J’ai trouvé un petit sac écru en cuir, à porter en bandoulière, qui semble lui plaire. Notre amie prépare des gâteaux et Wolker arrive un peu penaud, car il a voulu venir avec une fleur dérobée dans un pot sur le rebord d’une fenêtre, mais voilà, la dame l’a vu et a exigé qu’il lui rende ! C’est du beau, un grand garçon comme lui.

Un anniversaire, une rencontre, des retrouvailles sont chaque fois l’occasion de faire une petite fête, chacun apportant sa contribution ; Parfois, c’est aussi pour se dire au revoir, peut être adieu. Notre petite fête servira aussi à cela, car nos amis quittent la Gomera demain, Norwéna estimant le moment venu de filer au Brésil, Jonathan de rentrer en Europe car, en avril il dépose les 5 jeunes dont il a eu la charge durant 8 mois. Après 2 mois de congés, il recommencera le même périple avec un autre groupe.

Nous sommes tous un peu triste dans ces occasions-là, mais nous avons appris à gérer ce sentiment de frustration que nous procure le départ d’un ami de quelques jours, car ici nous vivons pleinement les relations qui n’ont guère de chance de tomber dans la routine. C’est très bien comme cela.
Pour moi la meilleure façon de m’adapter à un départ est de partir aussi, un où deux jours plus tard, le plaisir de la découverte occultant en partie les autres sentiments.
Prêts pour demain les moussaillons ?
Beurk.
Ah bon…

VALLE GRAN REY

2 heures de voyage au moteur sur une mer plate et nous entrons mouiller dans le port abri Valle Gran Rey
Une très grande jetée assure une protection relative car, de ce côté-ci de l’île, la houle est quasi permanente. La présence de hautes falaises tapissant la cote à l’entrée du port, ne permet pas d’amortir ce mouvement perpétuel et le renforce en renvoyant l’onde à l’intérieur ; il devient délicat et peu raisonnable de vouloir se mettre à quai, réservé par ailleurs aux bateaux de pêche, venant au moment des grandes campagnes de chasse au thon chercher refuge lorsque les conditions météo sont trop défavorables.
Nous mouillons 2 ancres sur l’avant, sans lésiner sur la longueur de chaîne, complété par une trentaine de mètres d’aussières, l’arrière relié au quai par une bonne cinquantaine de mètres de Nylon également.
Le travail imposé aux amarres est incessant, impressionnant et nécessite une surveillance sérieuse, même avec un bulletin météo correct. C’est le prix à payer pour séjourner dans un des plus agréables sites des îles Canaries.
Au premier contact, ce sont les falaises en toile de fond qui m’impressionnent. Elles sont à la fois fascinantes et inquiétantes. La houle vient les frapper et se briser à leurs pieds. Le fracas des rouleaux sur la roche est amplifié par cette cage de résonance naturelle ce qui renforce un sentiment de fragilité face à cette force brutale, ici particulièrement perceptible.
Une multitude de petits rapaces, ressemblant par leurs ailes dentelées à des corneilles, tournent en permanence à mi-hauteur des falaises dans les anfractuosités desquelles elles nichent. La nuit tombée, ces oiseaux émettent une sorte de “souffle”, similaire à celui de la chouette, qui nous fait frissonner. Hitchcock a dû séjourner ici et y puiser l’inspiration de son film “les oiseaux” ainsi que l’atmosphère d’angoisse qu’il savait si bien traduire.
Sur la droite du quai, une mine d’or à découvrir :
Il y a là un centre de tri et de conditionnement des bananes destinées à l’exportation. Tout fruit ayant reçu un coup de machette intempestif au moment de la récolte est jeté dans une immense décharge à la disposition de tout le monde. Livrées au rayon du soleil, les bananes cueillies vertes mûrissent rapidement et parfois pourrissent avant d’être chargées sur un camion et conduites dans des exploitations d’élevage porcin. Il semble que cela convienne aussi bien à ces bestiaux que les eaux grasses traditionnelles que dégustent les nôtres, enfin, pas ceux de Bretagne bien entendu.
En spécialiste des fins de marché, nous voyons immédiatement qu’il y aurait lieu de ne pas tout laisser aux cochons et d’en prélever quelque peu.
Au bout de quelques jours nous sommes repérés par les employés qui nous invitent à nous servir à l’intérieur avant que les fruits ne soient jetés ! Vraiment sympa ces gens, mais nous préférons celles, très mures et sucrées.
Quelques mois plus tard, avant de quitter les îles, j’en chargerai près de 100 kg à bord. Toutefois, il est prudent d’apprendre au préalable les mille et une manières de les préparer et de les conserver, car elles ont la fâcheuse idée de mûrir toutes ensemble.
Voilà quelques pistes à explorer :
En salade avec un assaisonnement à base d’huile d’olive et de citron
Grillées ou flambées
Séchées et sucrées
Et enfin en confiture. C’est succulent et, surprise, nous croyions avoir fait une découverte, pourtant quelque temps après, nous en trouverons dans une petite épicerie de Las Negras, un village au nord d’Almeria ? Nous n’en n’avons jamais retrouvé depuis.

       

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