Grand Canaria

Nous louons avec nos amis fraîchement arrivés de France, une voiture et partons visiter l’île.
La cote Est est rapidement parcourue, rien ne justifiant un arrêt touristique.
Première escale : Maspalomas, immense plage ou nous espérons bien nous baigner.
Le sympathique petit vent soufflant fraîchement ce jour-là, arrache joyeusement aux dunes quelques affectueux grains de sable blonds et chauds venant se blottir au fond de nos paupières, dans nos narines, nous obligeant, devant tant d’effusions à chercher refuge dans la voiture et à prestement quitter cet endroit, nous contentant d’acheter une carte postale.
La pointe tournée, le vent tombe, mais plus de plage…
Nous rendons visite, non loin de là, à Cassiopée, dans son port-prison de Pasitos-Blancos.
Nous pénétrons dans ce qui pourrait ressembler à un camp fortifié, ceint de plusieurs rangées de grillages. Il y aurait des barbelés et quelques miradors que je n’en serais pas étonné.
Au poste de contrôle un gardien conscient de l’importance de sa mission s’enquit avec une froide politesse toute germanique de l’objet de notre venue.
Dix minutes plus tard, après qu’un contact téléphonique ait été établi avec Cassiopée, que nos papiers d’identité soient consignés, nous sommes enfin autorisés à pénétrer dans la marina. Là, rien à dire, c’est propre, c’est net, c’est calme ; rien à voir avec les ports de plaisance que nous connaissons. Ici peu de passage, mais un abri sûr pour son bateau laissé un long moment. Voilà la raison du choix des “Cassiopée” :
” tu comprends ici, le soir, je peux laisser tous mes outils, les peintures, les pinceaux, et les retrouver intacts le lendemain. Essayez à Las Palmas… !”
Évidemment avec de tels arguments, on peut envisager la chose… M’enfin.
Nous ne sommes pas mécontents de filer de là.
Nous longeons Arguenigen, Puerto-Rico, Mogan; nous en reparlerons lorsque nous y ferons escale.
Nous attaquons la vallée de Mogan, direction la montagne.
C’est un magnifique parcours de pistes où, bien sûr, nous ne manquons pas de découvrir la faune locale : l’aventurier au 4/4.
Il a superbe allure sous son chapeau de brousse. Il est très sociable et ne se déplace qu’en groupe. Il est également rare qu’il n’y ait qu’un groupe. Généralement ils sont au moins trois ou quatre en cordée et ne se séparent jamais pendant leurs déplacements. Il est vrai que l’environnement parait hostile…
Il semble se nourrir de poussière, boit de la bière et puise son énergie dans les bosses et les chocs que procure le véhicule.
Bien qu’il ne parait pas agressif, nous préférons, par prudence, nous écarter lorsque nous le rencontrons.
Nous atteignons sans encombre le pic de la Nieves, sans nieves ce jour-là ; c’est le point culminant de l’île.
Un spectacle insolite nous attend. En portant notre regard vers l’ouest, nous distinguons au loin, posé sur des nuages, une sorte de pain de sucre qui, nous l’apprendrons plus tard n’est autre que le Teide, point culminant de l’île de Tenerife (3700m ), seul élément visible d’où nous nous trouvons (env. 60 miles ).
La descente sur Agaete au nord ouest de l’île n’apporte aucun souvenir impérissable.
À la tombée de la nuit, nous pouvons apercevoir à nouveau Tenerife depuis la Punta Sardina. Ce sont les lumières de Santa-Cruz de Tenerife, la aussi distante de plus de 40 miles.
Gallegos, Pagador, Arucas, Tamaraceife, nous avalons les derniers kilomètres, pas fâchés d’en finir car, à 6 dans une 4 l une journée entière n’est pas une sinécure. C’est le programme que peut espérer s’offrir un pauvre globe flotteur pas trop argenté et sans arrêts gastronomiques cela coule de source bien sûr.
Nous avons bien entendu croisé quelque 4/4,menés par des guides habillés en Guanche pure souche, animés (c’est indispensable pour cette faune) par de gentils animateurs blonds et bronzés made in Germany. Aucune frustration de notre part. Avec ce qu’ils ont payé pour la journée, nous vivons correctement un mois de plus à vagabonder…
Allez savoir pourquoi le lendemain matin, ou plutôt quelques heures plus tard, je n’éprouve pas l’envie d’aller contempler le lever du soleil depuis le Pic du Bandana et rendre ensuite une petite visite, dans le cratère du même nom, à ce brave ermite qui vit là avec pour seule compagnie, chèvres et moutons !
C’est aussi parce que moi, skipper incontestable, mais néanmoins trop souvent contesté, je me dévoue une fois de plus afin de préparer le bateau, car nous partons demain pour Puerto-Rico. Enfin nous partions, parce que Olivier blessé au pied, nous craignons une fracture et courrons sur les conseils éclairés du responsable du port, à la clinique germanique du secteur, payer 500 Fr. une radio et un bandage… Nous savons depuis que les médecins espagnols sont aussi compétents, mais sûrement complexés, car pour 120 Fr. nous avons une semaine plus tard effectué une vérification nécessitant les mêmes services, cette fois-ci dans une clinique bien de chez eux…

Nous reprenons Maya.
Une navigation super, c’est le terme mentionné par Michèle dans le livre de bord ! Je ne m’en souviens pas, mais si elle a écrit ça, je pense pouvoir sans me tromper en faire la description suivante :

Profitant d’une petite risée de nord de force 2,5 qui a la gentillesse de se lever, je stoppe ce sacré moteur empêchant de savourer pleinement Karmina Burana du sieur Karloff (une soupe…) que distille la chaîne hi-fi du bord.
J’établis 2 génois en ciseaux. Facile, il n’y a que moi aux manœuvres, sauf aux arrivées de port, quand le restaurant est prévu au budget du jour… Je branche le régulateur d’allure et veille à ce que la grande voile ne masque pas la zone de bronzage ou l’équipage, dit de pont, gît mollement étendu sur les coussins du carré, que j’interdis qu’on sorte et salisse, ce que personne ne respecte. Vous comprenez, il faut bien qu’il y ait des compensations pour avoir accepté de suivre le capitaine dans ses fantasmes de soixantuitar sur le retour !
Logique non ?”

Je décharge mes touristes délicatement dorés recto-verso et, pendant qu’ils découvrent le charme de Puerto-Rico, je m’affaire, range, nettoie, règle les formalités portuaires et vais boire un whisky à bord d’un Endurance 35 accueillant, que nous retrouverons plus tard à la Gomera.
La marina est agréable et présente les mêmes caractéristiques que les nôtres. Les prix sont toutefois plus séduisants, 530 Ptas par jour sans l’électricité, néanmoins en option possible.

La plage très encombrée de touristes ne nous empêche pas de prendre notre premier bain de l’année. Nous sommes le 21 janvier.
C’est somme toute une bonne escale, pouvant servir de base de départ pour la traversée de l’atlantique, à condition de ne pas avoir à résoudre de problèmes techniques, car il n’y a pas d’ateliers et très peu d’accastillage.
Quelques retardataires s’élancent encore vers les îles du cap vert, Dakar, où les Antilles. Nous ? Nous partons pour Mogan, 10 miles plus loin.
Lors de notre escale les travaux d’aménagement du port commencent seulement. Une jetée protège l’anse du clapot aussi mouillons-nous presque en limite des bateaux de pêche, mais avec suffisamment de distance pour ne gêner personne.
Une jolie plage de sable noir, quelques maisons au pied où à flan d’une falaise au sommet de laquelle pousse au moins une antenne T.V. par habitant, reliée par cordon ombilical aux habitations distantes d’une bonne centaine de mètres pour les plus proches…
Quelle misère ce spectacle en Espagne.
Prenez le temps d’observer les toits de la Corogne où pire encore ceux de Cadix depuis les remparts du front de mer… Même les églises en sont couvertes. Pourquoi pas après tout.
A Mogan commence la vallée du même nom que nous avons emprunté la semaine précédente en voiture. Fruits, légumes, fleurs, c’est ici une oasis de verdure bien rafraîchissante pour l’œil.
Alimentation, boulangerie, gazole, nous pouvions trouver le nécessaire pour séjourner quelque temps.

Aujourd’hui c’est mon anniversaire (25 janvier. Notez-le), mais je ne pense pas que ce soit la raison qui nous amène à vouloir mitonner une recette de conserve de poisson, mais plutôt l’opportunité d’acheter du poisson à la criée locale et surtout du thon dont la campagne de pêche bat son plein.
Une recette ?

Si vous voulez mon avis, il serait plus prudent de demander des précisions à plus compétents que moi . Nous devions normalement nous régaler 2 à 3 semaines plus tard et savourer ce mets avec délice… Même le chien nous a regardé avec réprobation et il n’était pas nécessaire d’avoir un odorat aussi affûté que le sien pour comprendre que quelque chose n’avait pas normalement fonctionné??? Et puis si vous êtes comme nous, pas question d’aller se venger sur les spécialités du resto d’à côté, finances obligent.
Tout n’est pas aussi idyllique que vous pensez.

Voilà bientôt une semaine que nos amis nous ont rejoints. Il va falloir les rapprocher d’un aéroport.
Nous craignions que Maya soit trop petit à 8 et pourtant nous le trouverons bien vide pendant quelque temps, tant Jacky, Claudine et Monique ont su occuper le peu de place, avec tact et discrétion. Le quotidien s’est organisé naturellement, rendant les relations et l’ambiance très agréables et détendues.
C’est tellement vrai que Michèle a noté dans le livre de bord :
“Yvan est adorable”
C’est tout dire…

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