Farniente à Ratjada

Le temps est redevenu clair et le soleil redonne l’envie de flemmarder dans le cockpit en short.
Quelques coussins bien disposés, de la musique de jazz entre les oreilles, une boisson et un bon livre sont les ingrédients de mon bien-être… Étaient, car depuis le départ de Michèle, c’est le vide.
Le temps s’écoule dans la monotonie d’un quotidien répétitif. Je m’habitue à ce rythme certainement parce qu’il m’engourdit.
Je vis dans un état second bien que conscient de ce qui m’environne.
Je privilégie même l’extérieur et occulte tout ce qui vient de l’intérieur, solitude, peine, angoisse de demain.
Ce n’est pas le noir absolu. J’ai conscience de m’ennuyer, d’être dans une situation d’attente et de volontairement y rester.
C’est une façon de me protéger, car je me sens extrêmement fragile en ce moment et pas en mesure d’affronter certaines réalités. Après tout je ne suis pas en position de survie désespérée, alors laissons faire le temps.
J’ai laissé filer plusieurs jours sans ouvrir mon livre de voyage. Pourtant, confusément je sens que j’aurais beaucoup à lui confier. Mais quoi ? Sur quoi ? Sûrement pas mes états d’âme ; d’ailleurs en ai-je seulement ?
Arrêtes dissimulateur, tu refuses d’admettre qu’il faudrait rentrer en France, chercher du travail et cela te panique.
Tu retardes l’échéance, d’ailleurs regardes, tu ne dépenses que le strict minimum et encore, pour durer le plus longtemps possible.
Bon, SVP changeons de sujet veux-tu… ?
J’ai remarqué quelque chose de très curieux ici. Il y a une communauté de chats vivant sur les rochers, dormant dans des trous au pied de la falaise que surplombe la ville.
Ils ne sont pas sauvages, mais ne se laissent pas caresser.
Ils ne crèvent pas de faim, car il y a toujours beaucoup de poisson jeté sur leur territoire ?
C’est une attraction pour tous les promeneurs.

Dimanche 7 octobre.

Toute la nuit le vent souffle violemment et passe au nord – c’est bien le front froid –
Le baromètre remonte rapidement. Trop.
Plusieurs fois dans la nuit, j’ai dû régler les défenses et amarres, surtout que j’ai hérité d’une arapede à couple. J’enrage d’autant que l’équipage est antipathique et néanmoins français.
Pour changer la météo donne force 7 à 9 dans le secteur et dehors, c’est vraiment sérieux.
Un voilier espagnol que j’ai vu partir à l’aube est de retour. Je l’aide à s’amarrer et j’ai confirmation de l’état de la mer – Trop forte pour franchir le chenal.
C’est donc dans le meilleur des cas encore 2 journées à passer ici avant que la mer ne se calme. Que voulez-vous, je ne suis pas Vitos Dumas ou autre Jean Cau. J’aime mon confort en mer et voyez-vous j’ai la faiblesse de préférer un petit 2 ou 3 beaufort, voire 4 sur l’arrière, avec mer calme
Étrange pour un Breton non ?
Il fait toujours beau, frais, mais ensoleillé, alors pour changer un peu, cockpit, coussins, musique et regard plein d’espoir sur ces touristes qui déambulent.
Cette situation m’irrite. Je suis dans mon bateau, le long du quai, ces gens, là dehors, sont nombreux, curieux et pourtant les contacts ne s’établissent pas ou peu, bien que nous soyons tous désœuvrés ?
J’aurais envie de dire à certaines personnes “venez discuter, venez prendre une tasse de thé avec moi ; les bateaux semblent vous intéresser, vous intriguer. Venez, je vous expliquerais tout ce que je connais et que j’aime”
Mais je n’ose pas aller vers eux et eux peuvent difficilement vous aborder, le statut social que confère la possession d’un bateau dans certains pays est un obstacle au rapprochement.
Certains ont osé. En général des gens simples et pas coincés à comme moi.
La chatte est aussi un moyen d’entrer en contact, car elle fait le guignol sans arrêt entre le quai et le bateau et amuse beaucoup de monde tant elle est drôle et parais se plaire ici.
La langue est aussi un sérieux obstacle et lorsque malgré ce handicap, une conversation s’engage, elle ne peut guère aller loin.
Un couple de Cologne passe presque tous les jours.
Je les invite à prendre le thé.
Ils sont avides de comprendre nos motivations à vivre dans des conditions qui leur paraissent dures et dangereuses.
Ils exploitent un petit commerce et c’est seulement depuis 2 ans qu’ils sortent de leur pays aux vacances.
Nous n’avons pas, bien sûr, suivi le même parcourt.
Ils sont adorables et fous d’Orange aussi m’annoncent-ils leur intention d’acheter une canne à pêche pour varier son menu.
J’ai ce qu’il faut à bord.
Orange se régale et moi aussi, car pour me remercier (?) d’avoir été sympa de bavarder avec eux et de les avoir fait rêver, ils m’offrent une bouteille de Hierbas, une liqueur de l’île.

Dimanche 14 octobre,

11 jours que je suis ici
Je ne saurais dire si ce fut long ou non – ce fut.

Cala Ratjada est le coin le plus vivant depuis Palma – C’est une colonie allemande et jeune.
La promenade sur les falaises surplombant le port n’est qu’une succession de bars sympa, avec toujours une ambiance musicale jazzy.
J’aime bien en fin de journée aller siroter un Brandy, non par goût, car j’apprécie beaucoup plus le cognac, mais parce que c’est une consommation qui ne coûte pas chère et qui “chatouille” un peu. Je me laisse ainsi planer une heure ou deux avant de regagner mon bord pour dîner puis lire, écrire, rêver en attendant demain.
Parfois je ressens confusément un manque ; quelque chose m’empêche de réaliser ce qui me semble répondre à de véritables aspirations. Quelque chose me dit que je suis fait pour jouer d’un instrument de musique, pour chanter, pour être comédien bref une activité artistique ou encore être polyglotte, communiquer avec aisance quels que soient les gens, leur race, leur nationalité et pourtant, sur tous ces points, je suis stérile.

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