Etape Grand Canaria – Tenerife

J’ai parlé précédemment des vents entre ces îles.
En regardant cette carte, on comprend très vite que cette traversée sera musclée.
L’idée de faire du près pour aller du sud de Gran Canaria à Santa Cruz de Tenerife au Nord, serait une option condamnant mon équipage à prendre un avion pour rentrer en France.
J’opte pour le Sud de Tenerife et le port de Los Christianos. Le vent de Nord-Est obligera néanmoins à serrer plus le vent que la ligne directe laisse supposer.
Douze heures de mer avec des vents forts et irréguliers nous conduisent à Los Christianos où nous arrivons à la nuit.
Mes cartes de détail mises à jour la dernière fois vers 1912 ne me permettent pas de situer ce port qui ne devait pas exister à cette époque. Rien sur la topographie des lieux, aucune caractéristique sur la signalisation portuaire pardi. Jonathan m’avait simplement mis un point sur la position estimée de ce bled.
La mer est maintenant calme, la cote nous protégeant de l’alizé ce qui facilite l’approche de la ville brillamment illuminée. Une masse sombre au premier plan permet de repérer la jetée, mais de quel coté se trouve l’embouchure ?
Les feux d’entrée me direz-vous ? Et bien nous en décelons une bonne douzaine tous aussi peu convaincants les uns que les autres.
Un superbe feux fixe rouge surmonté d’un second clignotant me séduit.
Allez, nous allons la prendre par bâbord cette jetée.
20 minutes plus tard le rouge s’éteint, quant au clignotant jaune qui souvent virait à l’orange, il apparaît enfin clairement dans mes jumelles. Le monstre indique simplement le croisement de 2 routes qui n’ont rien de maritimes… Au petit jour, vous l’aurez compris, il redeviendra tricolore le bougre.
Demi-tour, car les bouillonnements d’eau que je perçois m’indiquent avec clarté qu’il y a, à proximité, des choses désagréables nommées roches. De jour elles valent le coup d’œil, mais uniquement de jour…
Nous longeons en sens inverse la jetée pour enfin trouver, 1 mile plus loin, une balise flottante visible au plus dans un rayon de 300 m et encore s’il n’y a pas de clapot comme je pourrais m’en rendre compte d’autres fois. Ce superbe feux remplace provisoirement celui du musoir de la jetée, lequel s’est écroulé lors d’une récente tempête. On se trouve vite dans l’ambiance, aussi n’est-il pas superflu de traîner quelque temps sur les côtes Espagnoles pour se familiariser et ne pas être surpris par la discrétion du service des balises !
Norwéna nous offre l’hospitalité de son flanc pour la nuit.
Si vous n’avez que peu de temps à consacrer à la visite des terres Canariennes alors choisissez Tenerife. C’est l’île “tout en un”
Ici vous approcherez de près tous les contrastes que ces îles offrent, si proches et pourtant si différentes les une des autres.
Le magnifique site volcanique du cratère de Las Canãdas, au pied du volcan Teidé, malgré sa situation à 2000 mètres d’altitude ne vous procurera peut-être pas, comme sur l’île de Lanzarote, l’impression d’être arrivé sur la lune, mais au moins dans sa banlieue.
Les bois de Mercedes où ceux de la Esperanza proche de Santa-Cruz vous ferons douter d’avoir quitté les Cévennes où quelque endroit du Massif central.
La vallée de la Orotava rivalisera de beauté avec Vallée Gran-Rey sur la Gomera, tout comme Garachico.
Los Organos, au sud de l’île, vous offrira quant à lui des conditions climatiques idéales si, comme tout le monde, vous êtes avides de soleil et de mer.
Seul le. Teide est unique. 3760 m d’altitude vous situerons la plupart du temps au-dessus des couches nuageuses, masquant dans ce cas la vue panoramique des autres îles.
Depuis quelques années un téléphérique vous dépose à environ 3500 m ; la dernière grimpette peut présenter quelques difficultés s’il y a de la neige, ce qui est fréquent en avril/mai, le sommet étant, lui, pratiquement toujours blanc.
Tout là-haut vous débouchez dans un cratère d’une centaine de mètres de diamètre. Le spectacle est fantastique, un peu irréel.
De nombreux orifices laissent échapper des fumerolles témoignant de la réalité qui vit là-dessous. L’odeur de soufre qui s’en dégage conforte cette impression d’ailleurs et la chaleur dégagée permet de reprendre des calories, car il ne fait pas bien chaud surtout si, partant des plages du sud, 3 heures plus tôt, vous vous êtes engagés dans cette ballade en tutu.
Autour de ces fumerolles la terre argileuse a pris toutes sortes de couleurs ce qui vous rassure sur la nature des extra terrestres que vous avez croisé en montant et qui ne sont, comme vous, que des vulgaris touristicos soigneusement décorés à l’aide de cette argile. C’est en effet toute une palette de peinture à votre disposition. Nous en remplissons des sachets. Souvenir qui trouvera sa place… Nulle part, mais bon, nous y étions

MASCA.
Il existe un autre endroit de l’île dont le souvenir reste très présent et que je propose toujours à mes amis, mais chut, n’en parlez pas, gardons-le pour nous, c’est Masca..
A l’est de l’île, si vous arrivez du sud, par la nationale, prenez une petite route à gauche à Santiago Del Teide; elle rejoint Buénavista, c’est causant, à l’extrémité ouest de l’île et passe par Masca.
La route est pittoresque, serpente, grimpe, musarde dans un décor très aride et escarpé, laissant par instant entrevoir la mer, et vous conduit sur ce magnifique village. Je devrais dire site, enfin disons les deux. Les maisons se positionnent le long de l’arête d’une des nombreuses dépressions de terrain descendant vers l’océan. Par temps clair, vous apercevrez aisément la Gomera.
Une première petite place en contrebas de la route abrite 2 où 3 magnifiques dragonniers centenaires, efficaces parasols qui vous offriront un havre de fraîcheur, car la température et celle du sud.
Des enfants nous proposent des oranges de leurs jardins ; elles sont juteuses, parfumées, mais chères ; les habitants du village ont pris la mesure, en Mark, de la valeur de leur production.
Quelques marches de plus à descendre nous conduisent vers la rue principale et quasi unique ; elle suit la ligne de crête du barranco, les maisons s’accrochant de part et d’autre, sur les flancs de la dépression.
La végétation aux abords immédiats est luxuriante, somptueuse, et des parcelles de prairies en étages, descendant vers la mer, offrent un superbe camaïeu de verts, ce qui a inspiré un photographe allemand installé à la Gomera et dont la collection de vues est à vous couper le souffle.
Il ne doit pas y avoir d’autres activités que celles de la terre ici, si ce ne sont 2 à 3 alimentations bien utiles.
Masca est une carte postale animée.

En faisant le tour de l’île, vous aurez d’autres coups de cœur. Achetez une bonne carte détaillée, louez un 4/4 si vous voulez, c’est courant ici bien qu’inutile ou partez en randonnée organisée à travers la montagne ; tout plutôt que passer son temps à bronzer idiot sur des plages qui ne vous rappelleront que celles de la Côte méditerranéenne d’Espagne avec les magnifiques étagères à touristes !
Bien sûr, chacun ses goûts m’enfin…
Cette île est belle, beaucoup plus que par la côte en bateau.
Je vous signale que sur mon site, il y a 3 albums photos de Tenerife fait des années plus tard.

Nous rentrons au port, ravis de cette excursion, bien que ce soit pour la veillée de départ de nos amis Hollandais .
Bien sûr, tout n’est pas toujours idyllique en voilier, mais néanmoins, s’il nous fallait rentrer demain en France pour reprendre le boulot, pouah.

Une surprise nous attends en arrivant ; Sandra a placardé sur le bateau des affiches invitant les touristes à profiter de Maya pour s’initier à la voile où à découvrir la côte vue du large !
C’est formellement interdit et l’amende en cas d’infraction constatée s’élève à plus de 25000 francs.
Je m’empresse d’enlever cela sous l’œil désapprobateur de Sandra qui me signale que pas mal de personnes sont intéressées et doivent repasser ce soir où demain !
En effet, le lendemain notre carnet de rendez-vous s’est rempli. Plusieurs journées sont programmées.
Mes premiers clients sont des Allemands de Cologne. Ils possèdent un appartement à Los Christianos.
Nous mettons le cap au nord-ouest afin de rester à l’abri de l’alizé; La mer est calme, nous longeons la côte. La Calera, la playa de las Riotillas, Puerto de San Juan, Barrera…
Je découvre en même temps qu’eux, qu’en fait il n’y a pratiquement aucun mouillage digne de ce nom pour faire une escale supérieure à 2 heures. C’est une des caractéristiques de ces îles. Les fonds sont très rapidement importants, rocheux et peu d’abris sûrs. Hormis dans les grands ports, nul endroit nous permet de laisser le bateau sans une surveillance constante.
L’inconvénient pour mon activité illicite est que les rares coins où il est possible de faire une escale ” pique-nique ” sont des endroits également fréquentés par les charters officiels et, bien sûr, je me fais repérer au bout de quelques jours.
Un soir, alors que je rentre de mer, un Espagnol m’aborde et m’explique gentiment que je dois cesser. Je feins l’étonnement, l’incompréhension, mais toujours
aimablement bien que fermement, il m’invite à faire un effort afin d’imaginer ce qui se passerait si c’était la Commendencia de marina qui venait me rendre une visite, qui ne serait pas de politesse !
Il a des arguments percutant le bougre aussi, comme je me suis déjà rendu compte que le canarien n’avait pas la patience du continental, j’estime sage de ne pas insister. Il faut bien reconnaître que ces gens vivent plus des devises étrangères que de la banane, mais ils ont néanmoins une overdose de tout ce beau monde qui les envahit. S’il faut en plus que des gugusses viennent leur brouter la laine sur le dos, rien ne va plus.
Je ne peux pas dire que j’ai apprécié ces journées de charter sauf peut-être la fois où j’ai “touché” une équipe de belges; quatre lascars bien décidés à tout savoir sur la manœuvre d’un voilier avant la fin de la journée. Nous nous éloignons de la cote, la toile déployée au maximum. Le vent est faible et irrégulier, nous obligeant à de fréquents changements d’amure, mais mes apprentis ne rechignent pas à la tâche et comprennent vite. Deux heures de navigation se passent ainsi, puis soudain je suis alerté par l’aspect de la mer 200 mètres en avant. Elle est constellée de petites crêtes blanches, comme pourrait le provoquer une zone de hauts-fonds parcourue par de forts courants.
Je jette un œil plus attentif sur la carte, mais rien de cela n’est indiqué, ce qui, en Espagne, n’est pas la preuve qu’il n’y a rien…
Nous approchons doucement de cette agitation et soudain je comprends. Jusque-là nous étions abrités par l’île de l’alizé du nord-est et là, nous pénétrons dans le chenal non protégé entre Tenerife et Gomera. J’avais déjà subi ce phénomène, mais de nuit.
Le choc est brutal. En quelques secondes, nous passons de force 2 à force 6 où 7.
Je fais réduire immédiatement la grand-voile et amener le génois que je remplace par un foc de route.
Nous continuons ainsi un moment puis je décide de faire demi-tour, car depuis longtemps j’ai cessé d’éprouver du plaisir à la pratique du jumping nautique. Force 4 à 5 au largue me comble totalement.
Revenus dans la zone calme, je peux rétablir la voilure, ce dont s’acquittent sans rechigner mes 3 belges. En les regardant s’activer avec énergie je repense à Astérix chez les Belges !
Drôles de corps ces castards et qui plus est, ils en redemandent !
Nous retournons dans la tourmente, réduisons, changeons la voilure, revenons, renvoyons tout et cela jusqu’à 19 h.
Ils n’ont rien voulu manger et c’est parce que je refuse tout net qu’ils finissent par admettre qu’ils ressentent une petite fatigue et qu’effectivement il est temps de rentrer au port. Ouf.”

A suivre.

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