Etape Casablanca-Lanzarotte

Nous quittons Casablanca le 12 octobre vers midi, ma fille Sandra (15 ans) et moi, ainsi que Patrice et son bateau : Cassiopée.
Nous nous déhalons à 3 nœuds ce qui permet au régulateur de tenir un cap éthylique certes, mais j’ai les mains libres.
J’affine les réglages de voilure, car Patrice a une âme de régatier et doit s’activer de son côté. Son équipier est à la barre et je décide d’en faire autant.
Vers la tombée de la nuit le vent forcit 4 à 5 Beaufort et passe Nord Est.
Serais-ce l’alizé ?
Une certaine excitation m’envahit ; je ressens les mêmes sensations qu’à l’approche de grands caps comme Sein, le Four, Blanchard ; mes tripes se nouent, je vérifie que tout sur le pont est à sa place bien arrimé et, prêt à bondir, j’ausculte Maya. Son pouls est excellent je pourrais compter sur lui si une difficulté se présente.
Mais là, point de lutte, l’alizé se confirme ; voiles en ciseaux puis 2 génois tangonnés , grand voile arisée et bordée plat dans l’axe. Maya fonce puissamment dans une nuit sans lune à plus de 6 nœuds, l’Aries tenant fermement les rennes de l’attelage, corrigeant les écarts intempestifs provoqués par une vague indisciplinée.
Mon quart de 22 h à 1 h est vraiment fantastique.
Rien. Il n’y a rien à faire d’autre à faire que de garder un œil vigilant, car nous avons déjà croisé un cargo.
J’ai essayé d’envoyer toute la grande voile bordée plate dans l’axe pour stabiliser le bateau et laisser un maximum d’air gonfler les génois, mais ce sont les embardées qui se trouvent renforcées.
Je ne vois pas Cassiopée, car il économise ses batteries, mais surveille mon feu de mât et reste en contact.
Au petit matin nos voisins sont toujours là et me confirment que nos vitesses sont équivalentes, mais que leur pilote est plus rigoureux, disposant d’un système d’anticipation (ATLAS), aussi ont-ils calqués leur route sur la nôtre cette nuit.
C’est le moment de sortir le matériel pour faire un point, plus pour s’entraîner que par crainte de manquer les îles, car l’estime ne présente pas de difficultés dans ces conditions de navigation et si c’était nécessaire un puissant radiophare nous conduirait directement au port.
Il y a bien longtemps que mon sextant plastique n’est pas sorti de sa boîte… pas joli tout ça. Une vis de réglage d’un miroir a disparu et je ne peux pas régler l’appareil comme me le conseille la notice.
J’ai la vision désagréable de 2 soleils imbriqués l’un dans l’autre, aussi lequel poser délicatement à la surface de l’eau ? Je mesure l’erreur de collimation qui n’est que de 27’…
Pas de quoi pavoiser avec cet instrument de précision dont l’optique me laisse quelques doutes sur mon acuité visuelle.
Vers onze heures, c’est l’agitation de Maya qui se charge de me mettre sur pied. Le vent a forci, les creux entre les vagues deviennent sérieux.
J’affale entièrement la grand-voile, mais conserve les 2 génois. Nous filons à 7 à 8 nœuds, le régulateur s’active joyeusement ; quelle invention !
Je me souviens de ma première expérience de l’Ariès par fort vent (et mer) arrière ; nous avions quitté les Glénants via Groix et décidé qu’a priori le pilote ne s’en sortirait pas.
Au bout d’une heure, je décidais de passer le relais un instant au régulateur afin de détendre mes muscles et à ma grande stupéfaction, il s’en tira à merveille, sans fatigue apparente et bien que non programmé pour anticiper les départs au lof, il maîtrisait les écarts mieux que je ne l’aurais fait.
Cette nuit j’assure 2 quarts de suite, Sandra accusant une grosse fatigue, mais je le fais avec plaisir tant ce genre de navigation est relax.
J’ai fermé la descente pour éviter d’avoir trop de vent à l’intérieur et passe mon temps allongé dans le carré à lire ou à écouter de la musique. Quel plaisir.
Le point du matin, toujours trop à l’Est nous situe à environ 30 miles de Lanzarote et quelques instants plus tard la côte émerge de la brume matinale.
J’attaque avec ardeur un grand ménage du bateau et m’accorde une douche chaude avant d’aller dorer mon beau p’tit corps sur le pont.
Décembre en maillot de bain, avec pour spectacle une importante bande de dauphins irrespectueux, sautant, plongeant et piquant des pointes de vitesse absolument prodigieuses, que pouvait-on souhaiter d’autre ?

Nous longeons Lanzarote pour rejoindre le port d’Arrécife.

La côte ressemble à celle du Maroc, aride avec des pics peu élevés (4 à 500 mètres)
et très peu d’agglomérations ; elle supporte bien son surnom : l’Africaine.
Cassiopée a, depuis 2 heures, envoyé un Spi et caracole loin devant ce qui me
permet de rester allongé sur le pont au lieu de préparer l’atterrage ; je me contente
de le suivre de loin.
Les dauphins sont toujours là et ce n’est qu’au moment précis où je me décide à
affaler la voilure qu’ils nous quittent en quelques secondes ?
Nous mouillons derrière la jetée abri d’Arrecife, dans 3 ou 4 mètres d’eau
transparente.
Il y a bien longtemps que je n’avais plus vu mon ancre posée sur un fond.
Nous sommes heureux d’être enfin “aux îles” mais j’éprouve un certain regret : notre
navigation a pris fin et j’aurai aimé qu’elle dure encore longtemps.

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Michelle HEBERT

Les quelques notions de navigation acquises lors de mon adolescence me permettent de comprendre ce récit bien détaillé .
C’est vraiment l’aventure !

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