Etape Corralejo – Las Palmas

Nous quittons Coraléjo vers 14h30 en compagnie de Norwéna à bord duquel Sandra est restée, le trouvant plus confortable que Maya. De fait c’est une magnifique “vieille marine” de 16 à 17 mètres, comme la Hollande en a le secret; Sur le pont, un salon avec fauteuils relax, table basse où il fait bon prendre le thé à peine bercé par un léger clapot…

Pour l’heure il n’en est quand même pas question, car nous sortons du port au près serré, et bien que les conditions atmosphériques soient parfaites, la passe est dure.

Maya se dégage rapidement de l’île, suivi à 1 ou 2 milles de Norwéna.
Nous virons au portant, 8 à 10 nœuds de vent.
Derrière, le hollandais sort sa garde-robe , gréement de ketch, c’est impressionnant.
Rapidement, il nous talonne et fini par nous dépasser.

Dis papa, tu sais ce qu’a dit Arthur? Qu’il ne nous attendrait-pas, son bateau allant plus vite que le nôtre. Rendez-vous à Las Palmas.

Il a dit ça ? Bien, Olivier on sort le génois léger. Vite.

Le vent a faibli, toute la toile sortie nous maintenons un écart constant avec Norwéna.
La nuit tombe sur cette position et nous le perdons de vue car il n’allume pas ses feux.
Vers onze heure le vent monte brutalement, phénomène courant entre les îles où l’alizé du NE s’engoufrant entre les îles provoque un effet de tuyère . Olivier se bat, dangereusement exposé à l’étrave, afin de changer le génois.
Nous sous-estimons la force du vent et l’inter est à son tour vite remplacé par le foc de route qui n’a pas eu jusqu’à présent beaucoup d’occasion de prendre l’air.
Un ris dans la grande voile et nous sommes prêts pour notre régate de nuit.
Norwéna a certainement dû faire comme nous.
Dans ces conditions, nous avons toutes nos chances.
Plusieurs fois, je crois voir une lueur à droite, à gauche, devant, derrière. Lui peut me situer, pas moi. C’est un contre la montre.
Nous avions prévu une arrivée au mieux vers 12 h ; à 6 h Las Palmas émerge de son halo de lumière.
Notre navigation, à l’estime, a été parfaite.
Nous essayons de repérer notre adversaire mais néanmoins ami, Norwéna; rien devant, pas plus derrière..!
Devant la ville une quinzaine de cargos et de pétroliers sont au mouillage .
Nous approchons ; je cherche à repérer l’entrée du port et soudain il me semble apercevoir une voile remontant du sud , que les navires m’avaient masquée. Serait-ce lui?
Les jumelles lèvent le doute ; c’est bien lui. Il a du laisser trop porter ou pas suffisamment tenir compte de la dérive due au vent.
Nous franchiront la jetée 5 mn avant lui. Ah mais…
Il est 9 heure.

Le premier contact avec ce port est décevant ; nous longeons la zone de mouillage très encombrée et cherchons un emplacement à quai. Toutes les places sont prises.
Je repère Cassiopée ainsi que Captain cap et leur demande d’essayer de pousser et de tirer pour que je puisse m’insérer entre 2 bateaux.
Il y aura bien quelques grognements, mais l’anglais de bâbord n’est autre que Peter, en réalité un Australien, avec qui nous avions sympathisé au Portugal et à tribord un superbe ketch de 18-20 m, Américain.

Embrassades et retrouvailles atténuent un peu la déception que nous procure ce premier contact avec Las Palmas. Près de cent bateaux sont entassés dans ce coin du port et nous avons le sentiment d’être dans une HLM à l’horizontale ; quelques mois de mouillages tranquilles ou de petits ports peu fréquentés nous avaient permis d’oublier, paradoxalement, tout ce monde de la voile, sympathique à petites doses, mais qui nous devient rapidement odieux lorsque 10 fois par jour des bavards invétérés viennent s’enquérir des conditions de navigation que nous avons rencontrées, à quel moment nous comptons partir aux Antilles …
Il est vrai que c’est un moyen comme un autre d’entrer en communication et certainement le plus simple, mais le manque de discrétion de retenue, trop généralisé dans cette première partie de notre voyage, rend certaines escales difficiles à supporter. En contrepartie, tout ce petit monde se montre assez solidaire et les échanges de services innombrables.

Las Palmas est la première étape vraiment importante depuis l’Europe et en principe la dernière avant les Antilles, à moins d’aller jusqu’à Santa Cruz de Ténériffe, ou l’on peut également trouver du matériel pour réparer, de l’accastillage, des tallers de mécanicos et toutes autres activités artisanales afin de régler les éventuels problèmes rencontrés en venant ; enfin on peut s’y procurer l’avitaillement indispensable pour un bon mois de traversée.
Ce qui est également bien agréable, c’est de trouver l’eau, l’électricité, du fuel, et aussi la sécurité pour le bateau, ce qui permet d’en faire une bonne base pour partir découvrir l’intérieur des terres, qui est le réel intérêt dans ces îles.
Le cœur de la ville est assez éloigné et c’est en bus que nous partons à sa découverte.
Pour être honnêtes, c’est à El Cortés Inglès que nous nous rendons, car tout le monde ici ne parle que de cela.
El Cortés Inglès est un grand magasin presque aussi important que les Galeries Lafayette de Paris et qui conjugue 2 avantages appréciables :
– on peut grouper ses achats et se faire livrer gratuitement au port
– on peut bénéficier d’un taux de change beaucoup plus favorable que celui des banques , mais hélas limité au montant de nos achats.

Pour ce qui est des autres attraits de cette ville, je resterai discret, car si nous avons quitté l’Europe, ce n’est pas pour nous extasier sur des aspects d’une civilisation similaire, même avec le soleil en plus.
Quelques jours ici et l’envie nous reprend d’investir dans des fringues à la mode, de s’offrir un gadget électronique proposé par des marchands indiens qui n’ont pas oublié de prévoir une majoration préalable des prix , afin de vous donner l’illusion d’avoir fait l’affaire de votre vie en obtenant après un marchandage savant, 15% de remise. ( on peut quand même en faire en cherchant bien…)
Ceci étant cette ville est plutôt agréable et certainement la plus intéressante des CANARIES.

31 Décembre

Cette nuit, nous allons fêter le 1er de l’an au port.
Plusieurs groupes s’affairent et préparent les repas de fête. Une équipe ” d’anciens “prospecte les bateaux et proposent le forfait soirée pour 25 FR, grillades et boissons comprises. Nous préférons la paella que P’tit Jonathan nous mitonnera sur le quai à l’abri de la jetée – vins, chants, musique, percussions en tout genre et danses, amèneront vers notre équipe les rescapés des autres groupes.
Les embrassades des meilleurs vœux, jointes au concert des sirènes des bateaux en escale, des petits aux tous gros, ponctueront le début d’une nouvelle année, dans la bonne humeur et dans des conditions climatiques superbes, puisque les pulls resteront cette nuit dans leurs équipés. On ne les sortira guère du reste, au cours des 3 semaines que nous passerons ici, bien que ce n’est pas le meilleur endroit de l’île pour l’ensoleillement ; en effet les vents dominants de NE. amènent des formations nuageuses qui se bloquent sur les hauteurs nord de l’île et donnent quelques précipitations. Le sud, lui, reste sec, abrités des vents et chaud. C’est un contraste saisissant que l’on peut observer en visitant, en voiture, les îles du nord au sud.
Ici, les touristes n’ont pas de grandes difficultés à se répartir le territoire en fonction de leur préférence ; petites collines, petites pluies, verdure au nord pour les Anglais, plages brûlantes au sud pour les Allemands ou reste très peu de place pour les Français… Sur l’eau nous sommes majoritairement représentés ; les globes flotteurs Français sont une puissante maffia qui n’est pas très bien tolérée par les autres usagés… On se demande bien pourquoi !

20 janvier.

Nous attendons des amis de France, venant passer une huitaine de jours en notre compagnie, et je profite de cet entracte pour bricoler du matin au soir. Vernis, peintures, pieds de table télescopique, mais mon plus grand succès est l’amélioration que j’apporte au régulateur d’allure. Comment n’avais-je pas pensé plus tôt au système d’inversion du point de tir des drosses de l’Ariès?. Ceci libère entièrement le cockpit de toutes ces ficelles qui m’empoisonnaient l’existence, gênaient la circulation dans cet espace à vivre.
J’ai eu d’un seul coup la révélation de ce qu’il fallait faire. Une barre d’acier récupérée dans la benne poubelle du quai, dans laquelle soit dit en passant, les gens jettent des choses qui, pour nous fauchés, peuvent avoir une valeur inestimable, 2 boulons, l’inversion donc des drosses et l’essai s’avère concluant du premier coup. Ultérieurement je remplacerais mon bricolage par une installation plus sérieuse, mais identique. Je ne sais pas si d’autres y ont pensé, mais je n’ai jamais repéré ce dispositif ailleurs.
Michèle et les enfants s’ennuient un peu. Olivier, qui a très vite appris à parler espagnol, sympathise avec des jeunes Canariens qui lui trouvent un boulot : vendre des encyclopédies sur le monde animal, en porte à porte – Bravo, car il faut le faire.
Cassiopée est parti caréner à Pasito-Blanco un peu plus au sud de l’île. Norwéna s’est installé dans le port de pêche et sera contraint d’y rester un bon moment ! En effet, la chatte du bord à levé l’ancre avec le pêcheur qui était à couple, lequel ne rentrera que dans 2 mois. Fallait-il attendre cette ingrate ? Gavée de poissons elle regagnera , réticente, sa douillette place dans le vaste timonerie…
Captain cap et Lou-Larsen font route sur Dakar.

Encore un cockpit remplit de larmes
Encore des au revoir
Encore la mer, Encore d’autres terres
Encore d’autres amis qui ne nous feront pas oublier ceux qu’on quitte
Le monde est petit dit-on …

    


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