Etape Altea – Espalmador

30 juin 1984

Après une dernière escale sur la cote, à Altea, très jolie petite ville à cette époque, nous mettons le cap sur l’île de Formentera, Baleares, plus précisément à la playa de S’Alga à la pointe d’Espalmador.

Depuis Las Négras nous étions remontés tranquillement, une escale chaque soir, paysages alternant le meilleur et le pire. Quel désordre cette urbanisation forcenée de la Costa Del Sol, véritables étagères à touristes ; enfin cela doit répondre à des besoins.
Nous avions, nous, celui de consolider la caisse de bord.
Les Baléares en juillet et août devraient bien nous permettre d’organiser quelques sorties à la journée ?
Notre première escale est l’Ile d’Espalmador à la pointe Nord de Formentera.
La nuit est tombée ; nous mouillons au milieu de beaucoup de petits copains, à proximité de la plage et allons vite dormir, bien que la traversée, une vingtaine d’heures, se soit déroulée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en grande partie sans vent et au moteur.
A 8 h.30 nous sommes sur la plage.
C’est magnifique.
L’eau est carrément transparente, la plage de sable blanc est parcellée d’incrustations rosées, minuscules dépôts de corail, le soleil est là.
Rien de tel pour se remettre d’aplomb et chasser de notre souvenir les horreurs que nous avons longées entre Malaga et Altéa avec, soyons honnêtes, quelques coins tranquilles comme l’île de Tabarka ou la Mar Menor, immense mer intérieure.
Ici, c’est le paradis, mais pour l’heure, il nous faut aller à la gagne, la caisse de bord commence à sonner creux.
Nous faisons un effort pour quitter ces lieux, mais nous savons que nous y reviendrons souvent, surtout dès les premiers jours de septembre, quand la faune Ibicenca se sera retirée vers d’autres zones de la jet set ou aura repris le boulot, la tête pleine du souvenir de ce zoo humain qu’est Ibiza.
Seulement 2 ou 3 voiliers viendront encore, pour oublier que l’Europe est là à deux pas, avec son agitation, sa violence que l’on finit par tolérer quand on y vit, mais qui vous submerge dès que vous faites escale à Sète, Marseille, Toulon ou ailleurs après de longs mois de vie paisible sur son île flottante et dans des pays, ou la population sait encore prendre le temps de vivre, de rire, de communiquer, d’accueillir.
Mais pour l’heure, il faut aller au gagne-pain.

Direction Ibiza.
J’ai repéré un endroit où nous pourrions proposer des sorties à la journée, au départ de Santa Eulalia, centre très touristique et l’île de Tagomago.

Nous commençons-nous à prospecter, quand arrive un message poste restante nous informant qu’un couple d’amis de Madrid, rencontrés quelques années plus tôt en Galice, et qui ont accueilli Michèle au retour des obsèques de son père, attend notre signal pour nous rejoindre et passer une semaine avec nous.
C’est la joie ;
Miquel et Loti sont adorables, discrets et participatifs à bord.
Ils sont désireux de nous faire découvrir la gastronomie de l’ile. Avec eux, point d’états d’âme, l’intendance suit.
La croisière que nous leur offrons, leur apporte un tel plaisir, difficilement accessible en Espagne ou la voile ne s’est pas encore démocratisée.
C’est super.
Nous passons la semaine entre Formentera, Espalmador, Ibiza, Santa-Eulalia ,Tagomago, San-Vicente, Portimax, San-Antonio. Nous traînons toute la semaine dans ce secteur.
Pêche, baignades, grillades, les petits paradis se succèdent.
En France, c’est la fête… de la prise de la Bastille !
La nôtre, c’est de cueillir des oursins superbes par deux ou trois mètres de fond, pendant qu’une partie de l’équipage ouvre, nettoie, et que l’autre prépare les toasts beurrés, une bouteille (à la fois !) de vino verde, retenue entre deux eaux par un bout afin de rafraîchir.
C’est ce que beaucoup d’amis, de collègues, appelaient une fuite ! Vive la fuite.
Ce soir, ce sera le repas d’au revoir ; nos amis regagnent Madrid.
Je prépare une kefta, Michèle un couscous K’dra aux pois chiches, oignons et raisins secs. C’est Bizance.

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